Médecine au XXIᵉ siècle : peut-on continuer à faire comme si de rien n'était ?

Les évolutions technologiques que nous avons connues au cours des trente dernières années n'ont cessé d'accélérer et, si l'on en croit les tendances actuelles, ce mouvement est loin d'être terminé.
Notre environnement a profondément changé: hyperconnexion, interruptions permanentes, surcharge informationnelle, attention fragmentée : en quelques décennies, les conditions dans lesquelles nous mobilisons nos ressources cognitives ont été bouleversées.
Cette transformation concerne toute la population : vous, moi, tout le monde, y compris vos patients. Elle ne constitue ni une maladie, ni un diagnostic, ni une explication générale de la crise de la santé mentale. Mais dans les parcours de soins, peut-on encore considérer ce contexte comme un simple élément de décor ?
Dans leur pratique quotidienne, les professionnels de santé rencontrent des patients qui décrivent un stress persistant, une surcharge cognitive, une hypervigilance, des ruminations, une agitation mentale, une fatigue chronique ou encore des difficultés à récupérer. Ces phénomènes ne concernent pas une seule pathologie. Ils semblent traverser des situations cliniques très différentes et reviennent avec une fréquence qui interroge.
Dépression, troubles anxieux, troubles du sommeil, douleur chronique, épuisement, certaines pathologies somatiques : les diagnostics ne se confondent pas. Leurs causes, leurs mécanismes et leurs traitements sont différents.
Il serait faux, et même très simpliste, de prétendre que tout vient du stress ou de la charge mentale. Mais l'erreur inverse serait de considérer que ces phénomènes sont nécessairement secondaires.
Ils peuvent peser sur le sommeil, la récupération, l'attention, la régulation émotionnelle, la disponibilité cognitive ou encore la capacité d'une personne à s'engager pleinement dans ses soins. Ils ne sont pas toujours à l'origine du problème. Ils n'en sont pas nécessairement la composante principale. En revanche, ils peuvent modifier le terrain sur lequel le problème évolue… autrement dit, le terrain sur lequel vous intervenez.
C'est là que la notion de facteur transdiagnostique devient particulièrement intéressante.
Elle permet de regarder au-delà des frontières diagnostiques sans les effacer. Elle invite à identifier certains mécanismes susceptibles de traverser plusieurs tableaux cliniques et d'en influencer l'évolution. Cette approche est aujourd'hui largement utilisée en santé mentale, mais elle trouve également un écho dans d'autres disciplines. La dermatologie, la périnatalité ou encore la prise en charge de certaines maladies chroniques montrent elles aussi combien le stress, les émotions ou la qualité de la récupération peuvent parfois influencer l'évolution d'une situation clinique, sans pour autant en constituer la cause.
Cette manière de regarder les choses ne remplace évidemment pas les diagnostics. Elle ne remet pas davantage en question les traitements existants. Elle propose simplement d'ajouter une grille de lecture complémentaire lorsqu'elle paraît pertinente.
Ma conviction est que notre environnement a profondément changé et qu'il devient difficile de faire comme si de rien n'était. Dans un monde où la sollicitation cognitive est devenue presque permanente, la question n'est pas de savoir si le stress ou la surcharge cognitive expliquent tout. Ils n'expliquent pas tout.
La véritable question est ailleurs : lorsqu'ils influencent le sommeil, la récupération, l'attention ou l'engagement dans les soins, peut-on encore les laisser de côté et continuer à faire comme si de rien n'était ? Si cette réflexion vous paraît pertinente, vous trouverez dans la suite de ce site la manière dont nous avons choisi d'y répondre, le cadre dans lequel nous intervenons et la place que nous souhaitons occuper aux côtés des professionnels de santé.
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