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Le bien‑être au travail : un levier stratégique pour une performance durable

  • 7 sept. 2025
  • 5 min de lecture

Pendant longtemps, la question du bien‑être a été abordée dans les organisations comme un sujet périphérique. Non pas par désintérêt, mais parce que les priorités semblaient ailleurs : conquérir des parts de marché, accélérer l’innovation, optimiser les coûts. Comme les enjeux environnementaux ont été longtemps relégués derrière l’impératif économique, le bien‑être des collaborateurs a souvent été considéré comme un supplément utile mais non vital. On en parlait sous la forme de programmes ponctuels, d’initiatives RH symboliques ou de campagnes de sensibilisation, rarement intégrées au cœur des décisions stratégiques.

 

Aujourd’hui, cette perception évolue rapidement. La crise du burn‑out, les vagues de démissions silencieuses, la difficulté à attirer et fidéliser les talents ont mis en lumière une vérité simple : le bien‑être n’est pas un luxe social, c’est un actif stratégique. Ignorer cette réalité n’affecte pas seulement l’image d’une organisation : cela détruit sa capacité de résilience, de performance et d’innovation.

 

Le coût invisible du désengagement

 

Les données sont sans appel. Selon Gallup, le désengagement des collaborateurs coûte à l’économie mondiale 8 800 milliards de dollars par an, soit 9 % du PIB mondial. En interne, une équipe désengagée affiche en moyenne 18 à 34 % de productivité en moins. McKinsey estime que dans une entreprise du S&P 500, l’attrition des talents combinée au désengagement peut coûter jusqu’à 355 millions de dollars par an, soit plus d’un milliard en cinq ans.

 

Le stress chronique est au cœur de cette spirale. Les neurosciences expliquent que sous pression prolongée, le cerveau humain bascule en mode survie : le cortex préfrontal, siège de la créativité et de la prise de décision, est désactivé au profit des circuits réflexes. La mémoire de travail se détériore, la pensée innovante recule, la coopération devient plus difficile (McEwen, 2017). À l’échelle d’une organisation, cela signifie une multiplication des erreurs, une baisse de l’agilité et une perte progressive de l’intelligence collective.

 

La sécurité psychologique : un facteur déterminant

 

Les entreprises qui s’enferment dans une culture de la peur ou de la compétition exacerbée obtiennent souvent l’effet inverse de ce qu’elles cherchent : elles détruisent la motivation intrinsèque. Amy Edmondson, professeure à Harvard, a démontré à travers deux décennies de recherche que la sécurité psychologique – la perception qu’il est possible de prendre des risques interpersonnels sans crainte de sanctions – est le facteur déterminant de la performance collective.

 

Cette conclusion est confirmée par le projet Aristotle de Google, qui a analysé des centaines d’équipes internes : les groupes les plus performants n’étaient pas ceux avec les meilleurs CV, mais ceux où chacun se sentait libre d’exprimer une idée, une erreur, un doute, sans peur du jugement. L’absence de sécurité psychologique, à l’inverse, entraîne des coûts massifs en turnover, désengagement et conflits latents.

 

Les chiffres sont clairs : selon une enquête HBR, les équipes bénéficiant d’une sécurité psychologique élevée enregistrent 50 % de gains de productivité, 74 % de réduction du stress ressenti et 76 % d’engagement supplémentaire. Dans un environnement compétitif, ces écarts deviennent déterminants.

 

L’exemple des environnements de haute performance

 

Les organisations de haute performance ont depuis longtemps intégré ce que d’autres commencent à peine à comprendre. Dans le sport de haut niveau ou en Formule 1, personne n’imagine envoyer un athlète ou un pilote sous pression chronique en espérant battre des records. Les grandes écuries investissent massivement dans la préparation mentale, la récupération et l’équilibre physique. Elles savent que la performance maximale exige un environnement stable et régénérateur, pas un climat de peur.

 

Pourquoi en serait‑il autrement dans une entreprise ? Une équipe épuisée, sous tension permanente, peut produire dans l’urgence, mais elle ne peut ni innover, ni durer. À l’inverse, une équipe soutenue, reconnue, évoluant dans un cadre clair et psychologiquement sécurisé, multiplie sa capacité à apprendre, coopérer et créer de la valeur.

 

Du bien-être périphérique au bien-être stratégique

 

Pourtant, dans beaucoup d’organisations, le bien-être reste traité comme un projet périphérique : quelques programmes de mindfulness, une semaine de sensibilisation au burn‑out, des ateliers ponctuels. Ces approches peuvent être utiles mais elles ne changent pas la dynamique de fond. Pour être efficace, la santé organisationnelle doit être pensée comme un système : un ensemble de conditions structurelles qui soutiennent la performance.

 

C’est là que le modèle PERMA+4 apporte un cadre rigoureux. Développé à partir des recherches de Martin Seligman, il identifie neuf leviers interconnectés : émotions positives, engagement, relations, sens, accomplissement, mais aussi santé physique, mindset, environnement de travail et sécurité économique. Des études longitudinales démontrent que lorsque ces dimensions sont nourries de façon systémique, le stress chronique recule, la rétention des talents augmente et la performance devient durable.

 

Les entreprises qui ont intégré ce modèle observent des résultats tangibles. Un rapport du McKinsey Health Institute montre que chaque dollar investi dans des politiques de bien-être structurées génère entre 3 et 6 dollars de retour, en réduction d’absentéisme, baisse des coûts de santé et amélioration de la productivité. Plus encore, elles gagnent un avantage concurrentiel durable : elles deviennent plus attractives pour les talents, plus résilientes face aux crises, et plus innovantes dans leur manière de travailler.

 

Une question de survie stratégique

 

À l’ère des crises multiples – climatique, économique, sociale – ignorer la dimension humaine n’est plus une option. Le bien-être n’est pas la cerise sur le gâteau, il est la pâte qui tient tout le reste. C’est un actif stratégique, au même titre que la technologie ou la trésorerie. Les organisations qui refusent de le voir s’exposent à une lente érosion, jusqu’à perdre leur capacité de durer.

 

À l’inverse, celles qui investissent dans un climat organisationnel sain, une sécurité psychologique forte et une régulation des charges créent des écosystèmes régénérateurs, capables de produire de la valeur sans s’épuiser. Comme pour l’environnement, la prévention est moins coûteuse que la réparation. Et à long terme, elle devient le seul choix rationnel.

 

Le bien-être ne doit plus être vu comme un supplément. C’est une infrastructure invisible, mais essentielle, qui soutient l’innovation, la résilience et la performance collective. Ceux qui l’ont compris ne le mettent pas en marge de leur stratégie : ils en font un pilier.


Références

  • McEwen, B. S. (2017). Neurobiological and systemic effects of chronic stress. Chronic Stress, 1, 1–11.

  • Melamed, S. et al. (2006). Burnout and risk of cardiovascular disease. Psychological Bulletin, 132(3), 327–353.

  • Edmondson, A. C. (2019). The Fearless Organization: Creating Psychological Safety in the Workplace for Learning, Innovation, and Growth. Wiley.

  • Seligman, M. E. P. (2011). Flourish: A Visionary New Understanding of Happiness and Well-being. Free Press.

  • Gallup (2023). State of the Global Workplace Report.

  • McKinsey Health Institute (2023). Thriving workplaces: how health investments improve productivity and change lives.

  • Google Project Aristotle (2018). Revealing the key factor of high-performing teams: psychological safety.

 


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